Interdire la vente des plantes invasives.

Publié le par Francine Buchi

Pour l’instant, une seule plante invasive est interdite à la vente en France. C’est la jussie, une jolie plante aquatique à fleur jaune, originaire du continent américain ; elle  s’est répandue comme une traînée de poudre sur les canaux et les étangs, à partir des jardineries.  Et comme la jussie n’a pas de parasites en France, elle étouffe les autres plantes, envase les étangs, tue la vie aquatique. On va mettre des années à l’arracher - avec toutes ses racines, c’est indispensable - dans les plans d’eau qui en sont infectés.






C’est le cas notamment dans les étangs de la Somme, où les jeunes volontaires internationaux de l’association Concordia sont à pied d’œuvre cet été. Un travail de forçat !

Dans les années à venir, il faudra bien d’autres interventions pour simplement contenir la jussie, sans espérer pouvoir l’éradiquer.

 

Le Conservatoire Botanique National de Bailleul, en Picardie, estime qu’il est grand temps d’interdire à la vente d’autres plantes invasives.




''Cela fait longtemps, explique  Aymeric Watterlot, l’expert du Conservatoire,  que les botanistes sonnent le tocsin. Ils demandent d’arrêter de vendre une dizaine d’espèces de plantes invasives, mais le commerce des plantes fait barrage,  et seule la jussie a finalement été interdite en mai 2007.  Et pourtant, souligne Aymeric Watterlot, on sait que les plantes invasives sont responsables de la moitié de la perte de la biodiversité dans le monde''.








 
 

Par exemple l'ailante, un arbre ornemental originaire d’Asie déjà très invasif dans le sud de la France.

 ''On le trouve à présent dans toutes nos communes, déplore Jean-Luc Hercent, du Parc Naturel Régional de l’Oise. Il s’échappe ensuite très facilement des jardins grâce à ses graines ailées et part coloniser les forêts et les landes. Et à part l’arracher quand il est encore jeune, on ne sait pas bien quoi faire pour s’en débarrasser,  car si on le coupe, il repousse et se propage d’autant mieux en monopolisant très vite l’espace au détriment des autres espèces''.

 

 

Autre exemple : le bambou. Les botanistes savent que planter une haie de bambous, c’est du souci assuré pour longtemps:

''Le bambou pousse à la vitesse de 30cm à 1m par jour, si on le coupe il repousse, il se joue des pots et des bâches horticoles censées empêcher sa propagation, ses rhizomes vont aller courir sous terre dans tout le jardin et dans celui du voisin. Ils peuvent attendre 5 ans avant de ressurgir !'' souligne Romain Duthilleul, le directeur des Jardins de Valloires.

Le Conservatoire Botanique National de Bailleul, avec l’aide de la Région Picardie et de l’Etat, veut faire œuvre de pionnier. Il propose aux jardineries  une Charte de Bonne Conduite pour retirer de la vente dans un délai de 6 mois 10 espèces particulièrement invasives en Picardie :

 

l’Ailante glanduleux, l’Ambroisie annuelle, les Renouées asiatiques, la Berce du Caucase , les jussies, l’Azolle fausse-filicule, le Myriophille du Brésil, l’Hydrocotyle fausse-renoncule, l’Orpin de Helm.

 

Pour l’instant, seul les magnifiques Jardins de Valloires ont signé la Charte. Romain Duthilleul a commencé par retirer de la vente des bambous et une variété de mahonia. Une enseigne de jardinerie engagée dans la culture sans pesticides, Botanic, a aboli l’ailanthe et réserve sa réponse pour la suite. Pour l'instant, c'est tout, les partenaires ne se bousculent pas. La décision est stratégique, car ces plantes invasives sont jolies, poussent très vite et sont donc appréciées par le consommateur qui ignore quels ennuis il se prépare. Le bambou, très à la mode, représente à lui seul 2 à 3% du chiffre d’affaire de la pépinière ! Mais quel est le prix de la biodiversité ?

    

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Panda 19/01/2016 22:52

A quand l'interdiction pure et simple de commercialiser des bambous. Ces plantes tracent rapidement malgré la pose des protections anti rhizomes qui ne servent à rien. Un jour ou l'autres les rhizomes sortiront chez le voisin occasionnant de graves dégâts On ne compte plus les plaintes dues aux bambous Un fléau!
A lire

http://www.leparisien.fr/societe/somme-les-bambous-s-invitent-dans-son-salon-et-prennent-racine-03-07-2012-2076170.php

Jehan Pyrr 04/08/2008 22:36

Une seule remarque, que signifie l'expression: chiffre d'affaires" ????????????

Francine Buchi 05/08/2008 20:19


Je l'ai compris comme étant le pourcentage des ventes effectuées dans le secteur pépinière de la jardinerie.