le chantier de la Biodiversité

Publié le par Francine Buchi

      
Protéger la biodiversité, c’est vite dit, mais dans la pratique, c’est une œuvre qui demande une volonté tenace. 
 

Voici un exemple concret : le Domaine de Lindre, en Moselle, a observé l’an dernier pour la première fois la reproduction sur l’Etang d’une très jolie variété de canard migrateur : le Garrot à œil d’or. Et bien c’est le résultat de 8 années de travail pour attirer à nouveau un couple de garrots sur le plan d’eau et lui offrir un environnement favorable.


De la même manière, il y a de fortes chances pour que le Balbuzard pêcheur  revienne nicher dans la région de l’Etang. Les photos du balbuzard sont signées Rolf Wahl.

"Il s’agit, me signale Thibaut Glasser, le chef de centre qui m’envoie ces photos, d’une action menée depuis 20 ans, au départ par des naturalistes, puis, depuis 10 ans, de façon plus formalisée par le département de la Moselle. Déjà plusieurs balbuzards sont régulièrement observés sur le Domaine de Lindre".

 

Rétablir une trame verte et bleue pour la biodiversité, c’est l’objectif qui avait été acté il y a 8 mois par le Grenelle de l’Environnement. Et c’est ce que reprend le projet de loi présenté mercredi 11 juin en conseil des ministres. La ligue ROC salue une étape importante, mais elle regrette que le texte du gouvernement ne précise pas explicitement que la trame verte et bleue doit prévaloir sur le tracé des grands chantiers d’infrastructure.  

 

Yvon le Mao, directeur de recherche au CNRS, membre de l’Académie des Sciences a participé aux tables-rondes du Grenelle. Il rappelle que le terme même de « trame verte » est déjà le résultat d’un compromis. "Les associations et les scientifiques auraient préféré que l’on parle de « couloir écologique », mais c’est l’adjectif « écologique » qui ne passait pas auprès des autres participants…"

 

La protection de la biodiversité, dont chacun s’accorde pourtant  en paroles à reconnaître l’urgence se heurte dans la réalité à bien des obstacles. Les  scientifiques que Jean Marie Pelt a réunis avec des journalistes, le temps d’un week-end en Lorraine, pour les Premiers Entretiens de la Biodiversité, l’ont tous souligné.

 

Yvon Le Mao : « La biodiversité est très mal représentée, que ce soit à l’Académie des Sciences, au Collège de France, aux différents niveaux de la recherche.  C’est la biologie moléculaire qui tient le haut du pavé, les naturalistes sont minoritaires et manquent de moyens ».

 

François Letourneux, président du Comité Français de l’UICN : « Nous sommes dans un système où il n’y a pas de discours scientifique calme et tranquille. Actuellement, sur la biodiversité, nous sommes un peu dans le désarroi car il n’y a pas de données, de méthodologie, de filière de progrès, et fondamentalement pas de moyens ; et à cause de cela, nous passons pour des rigolos ».

 

Alors en attendant que la Biodiversité trouve de vraies structures et des moyens à la hauteur de l’enjeu – nous vivons la 6 ème crise d’extinction - vive les naturalistes de terrain partout, dans la recherche, les associations, les collectivités locales. Il faut donc saluer les retours du balbuzard et du canard garrot en Moselle pour de vraies grandes victoires de la biodiversité.


PS: Nouvelles fraîches des balbuzards mosellans au 20 septembre 2008: ils ont effectivement pondu et couvé mais malheureusement aucun jeune n'a encore éclos, me signale Thibaut Glasser. " C'est tout à fait normal selon notre expert Rolf Wahl, dans la mesure où le mâle était relativement jeune et le couple inexpérimenté"  Il faut donc persévérer et poursuivre l'aménagement des aires pour le babuzard, ce qui sera fait cet hiver dans le Domaine de Lindre, avec l'appui de l'ONF.

 

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