Méditerranée: le réchauffement simulé

Publié le par blog-petitechroniquedelaterre-tf1


Samedi de Pentecôte, à Villefranche sur Mer, tout près de Nice. Le temps est maussade, il n'y a pas grande activité ni sur l'eau ni sur les plages.

On dirait qu'il ne se passe rien.

Et pourtant si. Il y a constamment des interactions entre l'air et l'eau. Par exemple, une bonne partie du CO2 contenu dans l'atmosphère va se dissoudre dans la mer. Et comme le CO2 augmente dans l'air, il augmente aussi dans la mer.

Deux chercheurs du Laboratoire d'Océanographie de Villefranche se sont levés tôt pour nous montrer le résultat d'une expérience qui nous projette tout droit dans le futur. Leur objectif est tout simplement de savoir quel sera l'aspect des fonds sous-marins de la Méditerranée en l'an 2100.

 

Y aura-t-il encore des massifs de coraux, des gorgones, et de ces algues riches en calcaire qui forment les habitats de toutes sortes d'espèces vivantes, y compris la langouste ?

Sophie Martin, docteur en biologie marine, nous montre les expériences qu'elle mène.

Michel Nogaret est à la caméra.

 

 

 

Dans un aquarium test, il y a les

fameuses algues riches en calcaire, qui

ressemblent à des cailloux rouges.

Ces algues sont très communes en Méditerranée. Sophie Martin est plongeuse, elle l'a vérifié. En Bretagne on les appelle maërl.

L'eau est à 17,8°.C'est la température moyenne des fonds sous-marins entre 20 et 30 mètres.Et la teneur en CO2 est de 380ppm, ce qui signifie une concentration de 380 molécules de CO2 pour 1 million de molécules d'air.C'est la composition actuelle de notre atmosphère.Avant l'ère industrielle, la densité de CO2 était de 280ppm. 

Dans un autre aquarium, on simule les conditions futures probables: 3 degrés de plus, et une concentration de CO2 de 700 ppm ,soit le double d'aujourd'hui. Et voici le résultat: l'algue riche en calcaire est mal en point. Elle est en train de mourir.Seule est encore vivante la partie rouge.60% des algues ne résistent pas à ce traitement et meurent au bout de deux mois.Ce qui signifie que les fonds sous-marins et toute la biodiversité qui en dépend sont menacés.

 

Jean Pierre Gattuso, océanographe et directeur de recherche au CNRS nous explique: Le CO2, en se dissolvant dans l'eau, se combine avec des carbonates.Du coup, il n'y a plus assez de carbonates disponibles pour certains organismes marins qui en ont besoin pour se fabriquer un squelette calcaire.C'est le cas des coraux également. 

A Villefranche, en dépit de la présence du Laboratoire d'Océanographie, personne ne mesure systématiquement la quantité de CO2  dans l'eau.Il n'y a pas de budget pour cela. Et à l'échelle mondiale, très peu de gens travaillent  sur le sujet.Les premiers travaux, justement, sont dus à Jean-Pierre Gattuso et ils datent de 1998.C'est récent, et il y a encore beaucoup d'inconnues.

C'est pourtant un axe de recherche essentiel: La mer, heureusement pour nous les humains, dissout une partie du gaz carbonique présent dans l'atmosphère, mais il provoque ce qu'on appelle une acidification des océans. Vous pouvez écouter ici toutes les explications de Jean-Pierre Gattuso.

 

Dans quelle mesure les océans, qui couvrent 70% de la surface de la planète, arriveront-ils  à absorber une part importante du CO2 supplémentaire produit par les activités humaines? C'est une des grandes interrogations .

Sur ces questions du réchauffement des océans, deux petits livres très pratiques font le point des connaissances, aux Editions Autrement:

L'Atlas de l'océan mondial, de Jean Michel Cousteau et Philippe Valette, le directeur de Nausicaa;

Et l'Atlas du réchauffement climatique, de Frédéric Denhez.

 

 

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ançois TATARD 08/11/2007 15:43

Tant qu'on n'a apas isolé un corps chimique, il n'existe que dans l'iamginaton appelée hypôthèse.
Chimie et pysique sont des sciences expérimentales et non de la philosophie.

Jean-Pierre Gattuso 06/06/2007 10:41

je ne suis pas certain de bien comprendre le sens du commentaire de François TATARD.Si la question concerne les formes de carbone inorganique dans l'eau de mer, alors la réponse est que le carbone inorganique dissous est présent sous 3 formes principales en équilibre : le CO2 (1 %), le CO3 (9%) et HCO3 (90%). Les chiffres entre parenthèses indiquent la proportion ; ces chiffres sont très approximatifs car ils dépendent du pH.Si la question porte sur la production de bicarbonate à partir de CaCO3 : cela est bien entendu possible (et même très fréquent). La dissolution chimique et biologique de CaCO3 entraine une augmentation des bicarbonates.Jean-Pierre Gattuso

François TATARD à DINARD 05/06/2007 18:10

Comment un corps composé saturé comme le carbonate de calcium de formule CO3Ca pourrait-il être encore chargé pour constituer un bicarbonate. C'est comme si l'on prétendait que l'acide chlorhydrique peut attaquer le chlorure de sodium pour en faire un bichlorure de sodium.
Personne n'a jamais pu isoler le "bicarbonate de calcium" qui n'existe pas. Le carbonate de calcium est saturé (bivalence) et insensible au CO2 ou à l'acide théorique carbonique.

Anthony. 30/05/2007 11:35

Merci pour cette réponse et ces détails. Je trouve votre expérience particulièrement interressante, dans l'optique où l'on pourrait imaginer qu'à terme une situation ressemblant à celle de la mer noire puisse se développer en méditérrannée occidentale .  La bas des masses d'eau "super chaude" relativement à la moyenne locale et fortement chargée en Co2 circulent et sont la source d'atteinte à la faune et flore. Cependant ne pensez vous pas que dans votre expérience une part de la mortalité et même des modifications physiques de vos "sujets" puissent être attribuables à un effet de choc thermique / chimique ? Je suis très curieux de voir si les survivants à l'expérience conservent leur capacité de reproduction. Si l'on peut donc considérer une élévation progressive (longue) en milieu naturel des paramètres que vous avez étudier comme une pression de sélection et que près de la motiié des individus en condition de "choc" survivent il me semble que cela relativise cet impact. On peut donc espérer que cette espèce ait le temps de s'adapter au "sens darwinien". C'est vraiment "excitant "!  Je connais qu'une seule démonstration expérimentale en peu de temps de la théeorie de Darwin, elle porte sur une souche de "poisson  goby" d'eau douce( le nom m'échappe) capables de respirer de l'air. Cette souche   scindée en 2 populations dans une rivière par une dénivellation artificielle,  a permis d'obtenir deux populations différrenciées. J'aimerai donc vraiment savoir  si  vos survivants présentent un interet dans pour le "gene pool" des maeris face à l'évolution des conditions d'environement en méditterrannée . Je vous souhaite bon courage dans vos recherches !

Sophie Martin 30/05/2007 08:15

Bonjour,
Les algues que nous étudions sont cultivées en aquariums dans différentes conditions de température et de pression partielle en CO2. Nous disposons de 4 aquariums : (1) un aquarium présentant des conditions normales de température et de CO2 telles que celles qui sont mesurées actuellement dans le milieu naturel (la température évoluant au cours de l’année dans nos aquariums comme en milieu naturel), (2) un aquarium dans lequel la température est augmentée de 3°C (élévation de température prévue en Méditerranée d’ici la fin du siècle), (3) un aquarium dans lequel la pression partielle en CO2 est augmentée et atteint 700 ppm (valeur attendue en 2100), et (4) un dernier aquarium présentant à la fois les conditions de température et de CO2 prévues pour la fin de ce siècle. La pression partielle en CO2 et le pH sont maintenus constants dans les aquariums tout au long de notre expérience. Le pH est de 8.1 pour les conditions actuelles et de 7.9 pour les conditions futures.
Les algues étudiées ont été collectées en plongée dans la rade de Villefranche-sur-Mer entre 20 et 30 m de profondeur. Nous reproduisons dans nos aquariums l’éclairement moyen qui est mesuré à cette profondeur.
Lors de notre expérience, nous nous intéressons à la survie des algues dans les différentes conditions de culture, à leur croissance ainsi qu’à leur processus de photosynthèse, de respiration et de calcification mais nous ne nous sommes pas encore penchés sur les effets de l’augmentation de la température et de la pression partielle en CO2 sur la capacité de reproduction de ces algues.
Cordialement,
Sophie