Poissons et réchauffement

Publié le par blog-petitechroniquedelaterre-tf1

Voilà les nouvelles stars de la Côte d'Opale!
Les rougets, les rougets  dits de Méditerranée !

Avec le réchauffement de quelques dixièmes de degré des eaux de mer, ces poissons emblématiques des pays du soleil se retrouvent maintenant  en grand nombre dans les filets des pêcheurs de Boulogne sur Mer, qui écument l'Atlantique Nord.
 
Vous pouvez écouter cette conversation entre Jean-Pierre Pollet, l'un des plus importants mareyeurs de Boulogne, et le chef Tony Lestienne venu faire ses achats de bons poissons, au cours le plus intéressant.
 
 Nous sommes chez Jean-Pierre Pollet, tôt le matin, le poisson est prêt à partir chez les commerçants
 
                                  

Ces rougets , dont l'espèce n'est pas menacée, remplacent  avec bonheur dans l'assiette la morue , ou cabillaud, devenue rare et qui rique de disparaître                                                                                     

 

 Dans cette cagette, prêtes à partir sur les étals, ce sont de jeunes morues, ou moruettes. Elles sont toutes petites, ce sont des bébés de 35 cm et de 300gr et pourtant elles ont la taille règlementaire pour être consommées..Mais il ne reste que 100gr à manger.

La taille d'une morue adulte, la voici en premier plan filmée bien vivante dans le bassin tactile (celui où les poissons se laissent caresser) de Nausicaa, le Centre National de la Mer, à Boulogne.

 

Stéphane Hénard, de Nausicaa, m'indique que les morues adultes pèsent plusieurs kilos, elles ont bien entendu eu le temps de se reproduire, mais on n'en trouve plus guère chez le poissonnier.

 Si les morues de cette taille se font rares, ce n'est pas en raison du réchauffement des eaux. C'est en raison de la surpêche. La morue de l'Atlantique Nord-Ouest a pratiquement disparu en l'espace de quelques années.

Ses stocks ne se reconstituent pas, bien que le Canada ait interdit de la pêcher. La population de morues est passée dans cette zone en-dessous du seuil limite.

Cette indication, avec bien d'autres , on la trouve dans l'Atlas de l'Océan Mondial de Philippe Valette, le directeur de Nausicaa, le Centre National de la Mer.

 Philippe Valette est un océanographe passionné . "Il y a encore une vingtaine d'années, quand je disais qu'il fallait gérer les océans, on me riait au nez, dit-il. Pour certains, il n'était alors envisageable que de gérer un compte en banque. Et pourtant, la santé des océans est notre assurance vie"

 Philippe Valette est plus optimiste aujourd'hui: "il y a eu une prise de conscience. On peut même parler de révolution écologique dans les esprits. Cela s'est fait très vite. Mais la mer est encore l'oubliée de l'environnement."

Sur les conséquences du réchauffement pour les poissons, voici son diagnostic, qui recoupe celui des professionnels de la mer

En ce qui concerne la surpêche du thon rouge en Méditerranée, Philippe Valette n'a pas de mots assez durs : "C'est un système mafieux, dit-il. Le thon braconné représente en volume deux fois le thon autorisé. Et on ne fait rien. Il ne se passe rien. Il y a des intérêts considérables en jeu. Peut-être certains  ont-ils peur de prendre une balle dans la tête"             

 

 

 

 

 

 Le chef Tony Lestienne, aussi,  a du mérite. Il gère deux restaurants: Son propre établissement, "La Matelote" . Et le restaurant de Nausicaa. Bien que les clients en raffolent,  il a banni le cabillaud de ses cartes, parce que c'est un poisson menacé. Il a tenté de convaincre d' autres restaurateurs de la Côte d'Opale de faire de même, mais en vain. Il est un précurseur, et à ce titre, il est encore seul dans sa démarche.

                 "En ce moment, dit Tony Lestienne, je sers beaucoup de rougets, c'est excellent, et aussi du lieu noir, un poisson méconnu et qui n'est pas menacé."   

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Agence Développement Durable l 04/08/2007 15:29

Bonjour, voici un article envoyé au Groupe CASINO (Monsieur SYRE, responsable achat marée, Aix en Prvence)
POUR VOTRE INFORMATION.
 

A DIFFUSER – A PHOTOCOPIER.
 

DE CONSOMMATEUR DEVENONS
 

CONSOM’ACTEUR DE NOTRE
 

PROPRE CONSOMMATION.
 


 

LA FIN DE LA MORUE (1)
 

La morue a quasiment disparu de la façade atlantique du Canada par la faute de pêcheurs trop gourmands, de politiciens trop hésitants et de savants trop orgueilleux. Histoire d’une catastrophe.
 

Trepassey, à la pointe sud de Terre-Neuve. La conserverie, qui tourne désormais au ralenti, témoigne seule des jours heureux où la morue abondait et où l’industrie du poisson faisait travailler jusqu’à 1 400 habitants de ce port de la côte est du Canada, aujourd’hui, Trepassey est une ville fantôme.
 

C’est là le reflet social, humain, d’un désastre écologique annoncé.
 

L’épuisement des réserves halieutiques a plongé dans le marasme toutes les communautés de Terre-Neuve qui vivaient exclusivement de la pêche à la morue. Aujourd’hui, sans autres ressources que les subventions gouvernementales, les pêcheurs ruminent leur colère et se demandent comment on a pu tuer la poule aux œufs d’or.
 

Dans cette tragédie, il est difficile de désigner un seul coupable. Les pêcheurs, caboteurs ou hauturiers, ne se sont pas privés de minimiser l’importance de leurs prises, de pêcher dans les zones de frai et de balancer par-dessus bord des tonnes de menu fretin qui sont allées pourrir au fond de l’océan. En même temps, l’avènement du radar et d’équipements plus performants a permis aux chalutiers canadiens et étrangers de se transformer en véritables aspirateurs à poissons, capables de capturer des bancs entiers en un minimum de temps.
 

De leur côté, les savants sont coupables d’avoir constamment surestimé les réserves. Il est vrai que les estimations sont souvent hasardeuses avec le peu que l’on sait des mœurs de la morue, de sa place dans la chaîne alimentaire marine, du rôle des prédateurs comme les phoques et des conséquences des changements de température de l’océan. Mais les spécialistes ont eu le tort de baser leurs calculs sur les chiffres élevés des prises en haute mer, en ne tenant pas assez compte de la redoutable efficacité des techniques modernes de pêche. D’où l’adoption de quotas de pêche irréalistes, aboutissant à une surexploitation de la biomasse. Ce que résume ainsi R. Haedrich: «La pêche a excédé la reproduction naturelle des poissons. Les savants refusaient d’admettre qu’ils n’étaient pas infaillibles et, chaque fois qu’il fallait prendre une décision, c’est la rentabilité qui l’emportait sur la conservation, l’économie qui passait avant l’écologie. Personne n’a cherché à défendre l’espèce menacée.»
 

Mais même lorsque les scientifiques, à la fin des années 80, ont averti que les stocks de poissons étaient en danger, les dirigeants politiques d'Ottawa ont hésité à abaisser les quotas et, par conséquent, les revenus des pêcheurs. Pourtant ces derniers étaient déjà largement subventionnés par le gouvernement, puisqu’il suffisait à certains de travailler quelques semaines en mer ou dans les conserveries pour toucher l’assurance chômage le reste de l’année. Toute baisse de production aurait donc eu de grosses répercussions économiques, surtout à Terre-Neuve où beaucoup de gens n’avaient pas d’autres possibilités d’emploi. Il y aurait forcément eu des licenciements, voire des fermetures d’usines. Face à cette menace et à la pression de politiciens locaux en faveur du maintien de l’activité, les autorités fédérales choisissaient de fixer les quotas basés davantage sur des considérations socio-économiques que scientifiques. Aujourd’hui, les pêcheurs de la façade atlantique de Terre-Neuve, réduits à la misère, ont fini par se résigner… Allons-nous attendre que nos petits pêcheurs  Français en arrivent là !!!!!!!!!…………(Yves SEVENIER)