Drapeau russe sous le Pôle Nord

Publié le par blog-petitechroniquedelaterre-tf1

Le 2 aout, le bras articulé d'un bathyscaphe plante un drapeau russe en titane inoxydable au fond de l'Océan Arctique, à 4261 mètres de profondeur, à la verticale du Pole Nord.

 

 

 Les Russes ont utilisé pour cela deux petits sous marins habitables, Mir 1 et Mir 2, capables de plonger jusqu à - 6000 mètres. Ces deux bathyscaphes  avaient déjà été utilisés pour le tournage du film « Titanic » de James Cameron.

  

Là aussi, il s'agit d'une opération à grand spectacle. Planter un drapeau , cela revient à revendiquer un territoire :  en l'occurrence une chaine de montagnes sous-marines, dont les russes pensent qu'elle fait partie du plateau continental de la Russie , ce qui pourrait justifier de leur point de vue que le Pôle Nord Géographique passe sous leur souveraineté.

 

Mais planter un drapeau sous la mer ne suffit pas. Le Pôle Nord Géographique est situé dans un Océan, loin de toute zone habitée. Il fait partie des eaux internationales, aucun état ne peut se l'approprier. Son statut juridique est régi par le Droit international de la Mer tel qu'il est défini par la Convention de Montego Bay qui date de 1982.

 

 

Le rapport publié en février 2007 par le sénateur Christian Gaudin 

est très instructif sur le statut des pôles et les enjeux.

 

 

 On peut aussi faire la comparaison avec la Lune : les américains y ont bien planté leur drapeau, mais la Lune est considérée comme espace international  en vertu du Traité de l'Espace d'octobre 1967.

 

Mais au fait, quel est l'enjeu pour l'Arctique ?

Yves Mathieu , le spécialiste des réserves en hydrocarbures de l'Institut Français du Pétrole est catégorique :

 

 " Directement sous le Pôle Nord, il n'y a ni pétrole ni gaz. On en est certain. Car ce fonds sous-marin n'est pas une zone sédimentaire

 

 

 En revanche, Yves Mathieu nous montre sur la carte une petite zone qui se situe au large de la Sibérie Orientale , et qui pourrait receler du gaz. Cette partie de l'Océan Arctique est  située en zone internationale. Personne n'a encore exploré ses potentialités. Si les russes obtenaient satisfaction, voilà une région qu'ils pourraient peut-être exploiter.

 

 Pour le reste, on sait que l'Arctique recèle des réserves importantes : « Il y a du pétrole pour environ 7 années supplémentaires de consommation mondiale, et suffisamment de gaz pour repousser le problème de sa raréfaction jusqu'au milieu du XXI ème siècle » dit Yves Mathieu.

"Toutes ces réserves sont connues car elles sont  situées dans leur très grande majorité dans la zone de souveraineté des  pays du cercle polaire : Russie, Canada, Etats-Unis, Danemark, Norvège".

 Autrement dit, "90% des bassins sédimentaires sont déjà attribués " 

 Des régions protégées, comme l'Arctic National Wildlife Refuge (ANWR) en Alaska font partie de ces bassins sédimentaires susceptibles d'être exploités.  

 

 Ecoutez ici les explications de Yves Mathieu

 

  Pourquoi n'a-t-on pas encore exploité ces hydrocarbures ? " Parce qu'il y en avait jusqu'ici  ailleurs dans le monde,  moins coûteux à extraire et plus proche des consommateurs ".

  

 Car en Arctique,  la présence de la banquise a freiné l'exploitation. On ne peut pas installer de plates-formes pétrolières sur la banquise,qui est mouvante. "Dans les années 70, la banquise recouvrait encore 50% des réserves en hydrocarbure de l'Arctique. A présent, avec le réchauffement climatique, la banquise n'en recouvre plus que 10%", précise Yves Mathieu.

 

 

 

 

    Voici une carte de l'Arctique  dessinée par les graphistes de l'Institut Français du Pétrole représentant en rouge les réserves impossibles à exploiter actuellement en raison d'une banquise permanente, et en orange les zones où la banquise disparait en été.

Ces données sont en pleine évolution. Dans le livre « Le Climat : jeu dangereux » aux éditions  Dunod ,  le climatologue Jean Jouzel et la journaliste scientifique Anne Debroise  s'appuient sur les plus récentes études du GIEC pour prédire une disparition totale de la banquise en Arctique d'ici 2100. Le climat ne sera plus un frein à l'exploitation et de nouvelles routes maritimes seront ouvertes pour le trafic des pétroliers.

   

Et l'environnement ?

Le risque est grand.

 l'Antarctique, lui, est pour le moment protégé par un Traité International qui date de 1959 . Ce traité gèle les revendications territoriales et interdit jusqu'en 2048  l'exploitation de ses ressources potentielles.

 

En Arctique, il n'existe pas de protection de cet ordre. Aucun texte international ne se dresse en rempart contre l'exploitation commerciale à outrance de cette région du monde, déjà particulièrement affectée par la pollution et le réchauffement du climat. La protection de l'environnement y est du seul ressort des états  dans la limite de leur territoire, terrestre et maritime, et selon l'estimation qu'ils font de leurs intérêts.      

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Commenter cet article

Constance 06/08/2007 18:41

Et les conséquences sur le réchauffement climatique ou l'épuisement des ressources naturelles de la Terre, on en parlera plus tard, quand ce sera trop tard? Le problème c'est pas "qui a le droit de l'exploiter", c'est plutôt "laissez les pôles tranquilles!!!"Je trouve tout ça sincèrement choquant.