Pêcheurs et biocarburant

Publié le par blog-petitechroniquedelaterre-tf1

              Existe-t-il une alternative au gasoil pour la pêche ?

 

  

 Ce patron pêcheur de Loctudy, dans le Finistère Sud,  pense avoir trouvé la solution.

   

Stéphane Pochic n’a rien d’un doux rêveur. Il a réussi à conserver quatre bateaux dans le port de Loctudy, alors que la pêche côtière est en pleine crise. « Nous étions 38 bateaux de pêche côtière il y a encore 10 ans, dit Stéphane Pochic, aujourd’hui il n’y en a plus que 8. Et la hausse du gasoil  aggrave la situation ».

 

  Stéphane Pochic a besoin chaque jour de 350 litres de gasoil pour chacun de ses bateaux. Il a calculé : en remplaçant 30% de son gasoil par de l’huile de graisse animale, il économiserait au moins 50 euros par jour et par bateau. Et il a déjà fait des essais de ce mélange sur l'un de ses bateaux.

Pourquoi de la graisse animale ? 

             

« Il y a en Bretagne une importante industrie de la volaille, nous avons déjà des contacts avec elle, dit Stéphane Pochic. On sait que ces déchets, une fois chauffés et pressés, produisent de l’huile que des chauffeurs routiers utilisent déjà en Allemagne ou en Belgique. Alors pourquoi pas nous dans nos moteurs ? "

 

Petite précision : cette huile d’origine animale est commercialisée actuellement entre 42 et 44 cts le litre, soit 10 cts de moins que le gasoil de pêche. En France, elle n’est pas autorisée en tant que carburant. Elle sert à alimenter des chaudières, c’est un bon combustible, et ce n’est pas une énergie qui aggrave l’effet de serre.

 

 Un grand distributeur de moteurs de bateaux, Eneria, a également fait des essais : Cette entreprise  a fait tourner un moteur de bateau avec exclusivement de l’huile de poulet. Voici ce que dit son directeur technique  Stéphane Frachet :

  

 

Ces essais ont été faits en 2005 au banc d'essai sur le site d'Eneria à Montlhéry, pendant une petite dizaine d'heures. L'objectif de cet essai était de démontrer la capacité du moteur à recevoir ce type de carburant. Nous avons pu voir que la puissance nominale était atteignable, avec 100% d'huile de poulet et un produit additif protégeant le système d'injection."

 

 Voilà qui est très encourageant pour les pêcheurs bretons. Cependant, il y a des contraintes. Stéphane Frachet poursuit :

« Pour une mise en oeuvre industrielle, il faut préchauffer le carburant pour diminuer sa viscosité ; son stockage et sa stabilité sur un bateau paraissent donc difficiles… Le concept est aussi de démarrer avec du gazole et de rincer au gazole avant arrêt, d'où la gestion de 2 combustibles, difficile à mettre en œuvre sur un bateau. »

 Le constructeur de moteur ne préconise  donc pas comme carburant de l'huile végétale pure ou de la graisse animale pure, mais un mix de gazole et de produits ayant subi une transformation chimique par l’industrie pétrolière.

Et maintenant ?

Il faut poursuivre les essais. Car le moteur d’un bateau de pêche, c’est l’assurance-vie de son équipage, et on ne peut pas prendre de risques. Mais Stéphane Pochic est persuadé qu’il faudra à l’avenir introduire des biocarburants dans les moteurs des bateaux de pêche, et pourquoi pas de la graisse animale. « D’autres pays font déjà des essais », dit-il   

 

            

 

 Il y a une autre possibilité : La fabrication d’un carburant qui soit un « mix » de gasoil, de biocarburant et de graisse animale.

Une usine du groupe Saria-industrie France est en construction au Havre pour traiter dans cet objectif les sous-produits de la filière viande.

 

Par ailleurs les groupes pétroliers feraient également des essais, et d’autant plus activement que la France s’est engagée à incorporer du biocarburant dans son essence à un niveau supérieur à ce que demande l’Europe. Avec un taux de biocarburant de 5,75% dès l’an prochain, et une montée en puissance jusqu’à 10% en 2015, il n’est pas sûr du tout que  les seules terres agricoles suffiront à remplir l’objectif.

 

   

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