Les mystères de la mousson africaine

Publié le par blog-petitechroniquedelaterre-tf1

 

En Afrique de l'Ouest, l'arrivée de la mousson est attendue chaque année avec impatience ; dans ces pays il n'y a pas d'irrigation, et les pluies qui vont s'abattre pendant 3 mois , de juillet à septembre, seront les seules de l'année. Elles vont permettre de semer et de faire pousser le mil, que l'on met en terre dès les premières pluies, et qui met ensuite 90 jours à mûrir, juste le temps de la mousson.  Des pluies insuffisantes, et c'est la famine pour la population.

 

 Voici quelques images de l'arrivée de cette mousson filmée au Niger en 2006 , par la caméra de Marcel Dalaise, pour le compte du CNRS ;


 

 

 

Jean Luc Redelsperger  est en France le chercheur qui a le plus étudié la mousson africaine. Il raconte :

«  C'est très impressionnant quand on voit pour la première fois ces lignes d'orage. Ces orages se déplacent côte à côte comme un front qui peut faire 50 km de large et 1000 km de long, et qui avance à la vitesse de 50-60 km /heure. Ces orages s'accompagnent pendant une dizaine de minutes de fortes pluies  qui génèrent rapidement des inondations sur le sol desséché ; il y a généralement 10 à 15 lignes d'orages de cette sorte pendant la mousson. »

Le problème, avec la mousson africaine, c'est qu'elle s'est déréglée dans la deuxième moitié du XXème siècle.  Les orages qui naissent dans le golfe de Guinée montent moins haut vers le nord. Cela signifie que la sécheresse devient plus intense par exemple au Burkina Faso ou dans le Nord de la Côte d'Ivoire.

L'autre problème, c'est que les lignes d'orages sont moins nombreuses, et que depuis les années 70 il manque en moyenne 30% d'eau et parfois jusqu'à 60% localement. Cet été par exemple, au Burkina Faso, Momo Ibaranté me racontait dans un article précédent comment la pluie avait bien commencé mais qu'elle s'était arrêtée rapidement et que les plantations avaient desséché.


Pourquoi parler de la mousson africaine en plein mois de novembre ?

 

Parce que les conclusions d'un programme de recherche pluridisciplinaire, le programme AMMA, vient d'être rendu public.

 

Les premiers résultats des observations du programme AMMA montrent que  dans le golfe de Guinée, les eaux de l'Atlantique se sont réchauffées de 0,6°et que cela  modifie les courants atmosphériques. Il y a aussi une raison très particulière à l'Afrique :  la déforestation.

 "En Côte d'Ivoire, note par exemple le chercheur Arona Diedhiou  , il y avait encore 8 millions d'hectares de forêt en 1950, et seulement 1,5 million d'hectares après 1970. "

 

Mais à part ces deux raisons identifiées, le dérèglement de la mousson africaine comporte encore bien des mystères. Des études complémentaires s'imposent.

 

  «  Il est urgent de former des scientifiques de terrain en Afrique, et surtout, note Arena Diedhiou, que les politiques reconnaissent la réalité du risque climatique. Les chercheurs africains ne sont pas encore écoutés  comme le sont les scientifiques du GIEC en Europe. 

Par exemple : Les pluies de mousson ont encore été tardives cette année, comme elles l'ont été en 2006.  Il y a  risque de famine dans l'Est du Niger dans les mois à venir, mais les responsables politiques l'admettent difficilement".

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