Les fumerolles des Kerguelen

Publié le par blog-petitechroniquedelaterre-tf1


L'été austral vient tout juste de commencer dans les régions antarctiques, et les scientifiques sont en route pour reprendre leurs recherches, avec des moyens supplémentaires en raison de l'Année Polaire Internationale.

Marc le Romancer fait partie à Brest  du Laboratoire de Microbiologie des Environnements Extrêmes (CNRS-IFREMER)

Il se passionne pour l'infiniment petit , une forme de vie qui est capable de subsister dans des conditions extrêmes, dans des boues ou des eaux bouillantes et même à des températures pouvant s'élever jusqu'à 300°C.

"La bactérie de l'enfer !" dit-il.

C'est dans le fond des océans qu'on la trouve, et paradoxalement, il espère la repérer aussi dans les eaux très chaudes qui s'échappent en bouillonnant sur l'une des îles de l'archipel des Kerguelen.

Cet endroit fascinant constitue une singularité géologique d'origine volcanique.  On l'appelle "le Mont des Fumerolles". Voici les images de ce lieu hors d'atteinte pour la plupart d'entre nous. Ce sont des images filmées en décembre 2006 par Marc le Romancer et son équipe, avec leur caméra personnelle.

               

Et voici la photo d'identité d'un de ces virus de l'extrême, qui ne subsistent que dans les eaux très chaudes. Celui-ci a été isolé pour l'instant en laboratoire, à partir de sources d'eau douce profondes qui s'échappent du fond des océans.

Marc le Romancer précise : "Pour cette nouvelle campagne d'étude à Kerguelen (2 décembre au 8 févier prochain) nous allons nous débrouiller pour collecter suffisamment d'échantillons pour essayer de concentrer les virus à l'état libre dans l'eau chaude et tenter de les visualiser au microscope électronique à des grossissements de l'ordre de 80 000 ou 100 000 fois la taille réelle de l'objet. 
La
prospection au niveau des régions polaires est un programme de recherche très récent au laboratoire, qui a plus l'habitude de travailler depuis le milieu des années 90 sur les sources hydrothermales océaniques profondes (sur les dorsales).

Une fois ce travail sur les TAAF bien engagé, nous pourrons alors comparer nos résultats avec ce qui se fait en Islande ou au Kamtchatka, par exemple. Puis nous essayerons de proposer des programmes communs avec les Australiens, Néozélandais, Russes, Argentins par exemple pour prospecter les autres sites chauds antarctiques"

Car il pourrait y avoir de l'eau chaude sous la calotte polaire même du Pole Sud. On a repéré il y a une dizaine d'années, sous les glaces du continent antactique, la présence d'un lac immense, le lac Vostock. Protégé par presque 4 kilomètres de glace, ce lac d'eau douce liquide pourrait recéler des sources extrêmement chaudes et des formes de vie qui pourraient remonter à l'origine de la Terre. Ce lac est pour le moment inviolé, c'est un trésor scientifique.

Marc le Romancer poursuit : " Le programme Vostok, pour notre labo, est nouveau également. C'est parce que nous avons acquis une expertise dans le domaine de la microbiologie en milieux extrêmes  que nous avons été contactés pour participer puisqu'il semble qu'il y puisse exister des microorganismes thermophiles au niveau du lac sous glaciaire. Attention, ce n'est qu'une signature ADN, une trace. Le microorganisme n'a pas été isolé et cultivé. Et puis le forage n'atteint pas encore l'eau liquide du lac puisque cela fait l'objet d'une discussion internationale : le risque est pour le moment trop grand de contaminer un écosystème isolé de l'atmosphère terrestre actuelle depuis plus de 10 millions d'années. Sage précaution ! "

La recherche de la vie dans les sources bouillonnantes des Kerguelen fait partie d'une démarche scientifique vertigineuse . Plus loin, beaucoup plus loin, il y a des planètes gelées, comme Mars ou Europa, qui pourraient receler dans leur profondeur de l'eau liquide et chaude ...

 

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