Le prix du carbone

Publié le par blog-petitechroniquedelaterre-tf1

Il est tout autour de nous, invisible, mélangé à l'air ambiant, et il a cessé d'être gratuit. C'est le CO2. En Europe, le dioxyde de carbone a un prix, parce qu'il pollue et provoque le réchauffement de la planète. En cette semaine du développement durable, il est bon d'espérer que le prix du carbone contribuera peut-être à concilier croissance économique et préservation de l'environnement.

 

 

  Nouvelle étape : Pierre Ducret, directeur du bancaire réglementé de la Caisse des Dépôts et Consignations m'annonce que c'est au cours du mois d'avril  que sera lancée à Paris une Bourse internationale du CO2, identique à celle qui existe déjà à Londres.

C'est-à-dire que les entreprises  concernées pourront anticiper leurs émissions polluantes pour la période 2008-2012  et donc acheter ou vendre des quotas d'émission de CO2 : payer pour ce que l'on va émettre, engranger pour ce que l'on n'émettra pas.

A titre de référence, émettre 1 tonne de CO2, cela va très vite : Jean-Marc Jancovici a fait le calcul. Pour un particulier, il suffit de conduire en ville sur 1470 km, et voilà 1 tonne de CO2 émise ! Un aller-retour en avion Paris-New-York, c'est 1,7t de CO2 !

Actuellement, le cours du CO2 fixé par les traders londoniens se situe entre 20 et 25 euros la tonne, après un prix moyen de 16 euros la tonne entre 2005/2006. Il existe aussi un marché « spot », c'est le marché au jour le jour. Il est moins important en volume, et assez paradoxal. Pierre Ducret  m'explique que là, le carbone est encore gratuit et que ce marché spot n'a pas encore pu commencer à fonctionner. Pourquoi ? « Les industriels n'ont pas encore reçu notification des nouveaux quotas 2008-2012 qui leur sont alloués. Il y a une liaison technique entre la Commission Européenne et l'ONU qui n'est toujours pas établie .. » Un retard à l'allumage .

 

 C'est bien le signe que ce marché européen du carbone n'est pas facile à mettre en place. Il est pourtant unique au monde. A la suite du Protocole de Kyoto signé en 1997, les états européens ont décidé en 2003 de créer entre eux une bourse d'échange du CO2, avec mise en application en 2005 ; la première évaluation de ce marché vient d'être faite dans un rapport commun du Massachussetts Institut de Technologie, de la Mission Climat de la Caisse des Dépôts, et de l'Université de Dublin. Je vous résume : Il s'avère que depuis sa création, le marché du carbone s'est étendu pour couvrir les émissions des 27 états membres. 30 milliards d'euros se sont échangés pour acheter ou vendre du gaz à effet de serre.

  Mais est-ce que les émissions de CO2 ont vraiment baissé grâce à ce marché ?

 Ce n'est pas très clair, car la production d'énergie a beaucoup augmenté en Europe entre 2005 et 2006, et produire de l'énergie avec des combustibles fossiles dégage du CO2.  Le rapport note tout juste que l'Allemagne a remplacé le lignite par le charbon moins polluant ( ! ) et la biomasse. En revanche en Angleterre, on a préféré remplacer le gaz naturel devenu très coûteux par du charbon moins cher mais plus polluant. De plus, comme les permis d'émissions ont été trop généreusement attribués sur la période 2005-2006, le prix du carbone a tendu rapidement vers zéro euro. Ce qui a permis à certaines entreprises de faire de très jolis bénéfices en facturant un prix du CO2 au consommateur !

  « Cela devrait changer dorénavant, commente Pierre Ducret. Et le modèle européen pourrait aussi être adopté par les américains, car les 3 prétendants à la Maison Blanche, H.Clinton, B.Obama et J.McCain, sont tous favorables à une bourse d'échanges de quotas entre pays. C'est un beau retournement de situation, car c'est Al Gore,  alors vice-président de Bill Clinton qui avait mis en route cette idée à Kyoto en 1997, avant que le président Bush ne décide en 2001 de se retirer du protocole ».

 

  Au fait, actuellement, les émissions de CO2 se situent à 27 milliards de tonnes par an dans le monde. Entre 2000 et 2004, le taux de croissance du CO2 au niveau mondial a été de 3,1% par an, contre 1,1% les années précédentes.

 En dépit des engagements des européens et notamment de la France qui a réduit de 2,5 % ses émissions  de CO2 entre 2005 et 2006, il reste de plus en plus d'efforts à faire au niveau de la planète .

 L'objectif est pourtant de diviser par 2 les émissions mondiales d'ici 2050 si l'on ne veut pas dépasser 2°C de réchauffement, avec des conséquences que l'on sait graves, et en partie imprévisibles.

 

  

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